
Le Prix Nathan Katz du patrimoine 2025 rend hommage à ADRIEN FINCK (1930-2008), romancier, poète et penseur de la culture alsacienne, dont le roman Der Sprachlose (L’Homme sans langue) évoque avec justesse et sensibilité le désarroi d’une Alsace privée de son identité culturelle et linguistique par les différentes administrations qui, d’une guerre à l’autre, se sont succédé à sa tête. La traduction de ce roman est publiée aux Éditions Arfuyen, partenaires du Prix, en avril 2025.
ADRIEN FINCK, L’Homme sans langue suivi de Résistance par la langue. Traduit de l’allemand et de l’alsacien par Angèle et Michèle Finck. Collection Les Vies imaginaires n° 24. 272 pages. ISBN 978-2-845-90386-9
∗
Né au sud de l’Alsace d’une famille de paysans, Adrien Finck a vécu en sa chair le drame d’une terre profondément singulière que les guerres successives ont privé de son identité et de sa langue. Drame que les guerres renouvellent aujourd’hui sous nos yeux en bien des points du globe.
Publié en 1985, Der Sprachlose est selon son auteur un « roman à caractère autobiographique », profondément lié à l’histoire tragique de l’Alsace mais en même temps de caractère universel. Aux immenses pertes humaines s’ajoute une perte plus profonde encore : la perte de la parole qui ronge et détruit les âmes jusqu’à en mourir.
Donnons ici quelques éléments biographiques. Adrien Finck est né en 1930 d’une famille de paysans, à Hagenbach, dans le Sundgau (Haut-Rhin). En 1973, il consacre sa thèse de doctorat à Georg Trakl. Professeur de germanistique à l’université de Strasbourg, il travaille en particulier sur la poésie moderne et contemporaine (Hölderlin, Rilke, Kunze…).
Parallèlement, il mène un travail de pionnier au service de la littérature alsacienne, et notamment l’œuvre de René Schickele (1883-1940) auquel il consacre plusieurs livres. Proche de Claude Vigée, il le traduit en allemand et lui consacre un livre.
Fervent Européen, il s’engage pour la défense de l’alsacien et de l’allemand en Alsace, aux côtés de ses amis André Weckmann et Conrad Winter. Avec Auguste Wackenheim, il fonde en 1983 la Revue alsacienne de littérature, dont il reprend la direction de 1997 à 2007. Pour rendre compte de la culture alsacienne, il élabore le concept de « triphonie » (français, allemand, alsacien).
En tant qu’écrivain, il écrit lui-même dans ces trois langues. En 1985, son grand roman Der Sprachlose est écrit en allemand. Parmi ses livres de poésie, largement écrits en alsacien, on citera Mülmusik (1980) ou Brenngeischt (2001). Distingué par de prestigieux prix littéraires comme le Oberrheinischer Kulturpreis (1983) ou le Johann-Peter-Hebel-Preis (1992), il est élu en 1993 à la Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung.
Adrien Finck meurt en 2008 à Strasbourg. Il repose au cimetière d’Hagenbach.
